Star Wars: The Last Jedi – L’Épisode du Déséquilibre

Déjà tant de choses ont été dites à propos de Star Wars: The Last Jedi.
Sorti en salles, en France, le 13 décembre 2017, le huitième volet de la saga initiée en 1977 par George Lucas – et désormais aux mains de la Walt Disney Company, depuis le rachat de LucasFilm par celle-ci en 2012 – divise.

Jamais un autre film Star Wars n’a provoqué un tel schisme entre les fans. Pas même l’Épisode I, La Menace Fantôme, pourtant considéré par beaucoup comme le plus mauvais film de la saga, mais qui jouit cependant, notamment sur les sites Rotten Tomatoes et Metacritic, d’une meilleure note, de la part des fans ou des simples spectateurs, que l’Épisode VIII.

Concernant The Last Jedi, deux types de discours s’opposent : « meilleur film Star Wars depuis L’Empire Contre-Attaque » ou « bien meilleur Star Wars que n’importe quel épisode de la Prélogie » pour certains, « pire Star Wars jamais vu » et « une insulte pour tous les fans de la saga » pour d’autres, il paraît difficile, si ce n’est impossible, de démêler le vrai du faux dans ces avis passionnés qui flirtent parfois, osons le dire, avec un fanatisme aveugle assez inquiétant.

Non, le film ne fait pas l’unanimité, c’est un fait. Mais qu’en est-il réellement, d’un point de vue purement qualitatif ?
Est-il seulement possible, au regard des passions qu’il déchaîne, de dire ce que vaut vraiment, objectivement, ce nouvel épisode ?
Je pense évidemment que oui. Et je ne vais pas faire durer le suspense plus longtemps, pour ce qui me concerne, l’Épisode VIII est mauvais.


Un beau film, oui, mais incohérent et mal écrit

Oui, le film est beau. Pour paraphraser George Lucas, The Last Jedi a été « joliment fait ». Il a été bien emballé, avec une photographie soignée, une direction artistique étudiée, des effets spéciaux réussis, des acteurs convaincants – à défaut, si on en croit notamment Mark Hamill, d’être convaincus – et une mise en scène, reconnaissons au moins cela à son réalisateur Rian Johnson, la plupart du temps, propre et efficace.
Hélas, tout cela ne suffit pas à faire de The Last Jedi un bon film.
Car Rian Johnson, s’il n’est certes pas un mauvais metteur en scène, est loin d’être un bon scénariste et cela se ressent, se constate même, dans ce nouvel opus, pour peu qu’on y prête une certaine attention.

Le film souffre en effet de beaucoup (trop) d’incohérences, non seulement en son propre sein mais aussi vis-à-vis de The Force Awakens, l’Épisode VII, dont il est pourtant censé être la suite directe et immédiate.
Et cela se constate dès l’ouverture de ce nouvel épisode, avec le texte déroulant d’introduction, traditionnel des films de la saga. Un texte dont la première ligne nous indique que « le Premier Ordre règne »…

Oui, oui, ce même Premier Ordre qui vient de subir, à la toute fin de The Force Awakens, soit, dans le contexte des films, quelques minutes ou, au mieux, quelques heures avant le début de The Last Jedi, une défaite cuisante, avec la destruction, par la Résistance, de son arme ultime, la base Starkiller.
Une défaite qui n’aura visiblement pas marqué le scénariste Rian Johnson, puisqu’il offre donc, par la magie du « Deus ex Machina », au Premier Ordre, de régner sur la galaxie en quelques heures. Ce qui n’a aucun sens…

Dans le même ordre d’idées, une ligne plus loin, le même texte d’introduction nous informe que, « après avoir décimé la République pacifique, le Leader Suprême Snoke déploie maintenant ses légions impitoyables pour s’emparer du contrôle militaire de la galaxie ».
Donc, pour Rian Johnson qui, visiblement, en plus d’être un mauvais scénariste, est une quiche en géopolitique et en tactique militaire, on peut prendre le « contrôle » d’une galaxie tout entière, constituée de centaines de milliers de planètes, avant d’y avoir déployé la moindre force armée d’occupation…
Mais, bien sûr. Paye ta logique, Rian !

On notera, au passage, en nous remémorant la scène de la destruction des planètes de la Nouvelle République, dans The Force Awakens, que cela ne semble poser aucun problème, à Rian Johnson, qu’une république d’envergure galactique, instaurée il y a plus de 30 ans, se limite à cinq malheureuses planètes d’un même système et une dizaine de vaisseaux…

Je ne sais pas pour vous, mais, à moi, il m’est très difficile de croire au contexte décrit dans ce texte d’introduction, sachant que, je le rappelle, seulement quelques heures se sont écoulées entre les épisodes VII et VIII.
Je veux bien consentir, pendant la durée d’un film, à suspendre momentanément mon incrédulité, mais tout ça ne me paraît simplement pas, même dans l’univers de Star Wars, crédible… Et je suis pourtant bon public.


Une intrigue qui se traîne dans le vide sidéral

Ainsi, dès son démarrage, The Last Jedi réussit l’exploit d’être incohérent à la fois avec l’épisode qui le précède mais aussi envers lui-même, puisque, est-il besoin de le préciser, rien de ce que le texte d’introduction mentionne, à ce sujet, n’est visible dans le film, les seules forces du Premier Ordre que l’on y voit se limitant aux seuls vaisseaux qui poursuivent les croiseurs de la Résistance.

À ce propos, cette course-poursuite, à 2 km/heure, en ligne droite, dans le vide spatial, constitue ce qui offre, sans aucun doute, les séquences les plus poussives et ennuyeuses qu’il m’a été donné de voir, au cinéma, depuis des années.

Il me paraît difficile de ne pas y voir l’illustration de la volonté de Rian Johnson d’étirer artificiellement une intrigue qui aurait, si elle avait été traitée de façon sérieuse et cohérente (ou écrite par un scénariste digne de ce nom), trouvé une conclusion en à peine une heure.

Ainsi, par exemple, pourquoi, bien que le film nous montre, à deux reprises, des vaisseaux sortir de l’hyperespace juste au-dessus d’une planète, Johnson, dans la première partie de son film, fait-il sortir de l’hyperespace les croiseurs de la Résistance en fuite au milieu de nulle-part ?
Parce que, s’il les avait fait sortir de l’hyperespace au-dessus, par exemple, de la planète Crait, où se déroule le dernier acte de The Last Jedi, le film aurait été beaucoup, beaucoup, beaucoup plus court.


Des personnages perdus… dans l’espace ?

On retrouve cette volonté d’étirer artificiellement l’intrigue du film dans les réactions totalement incompréhensibles et absurdes de certains personnages, de toute façon, trop mal caractérisés et développés, dès le départ, pour pouvoir se permettre d’avoir des réactions crédibles.
Le meilleur exemple étant la Vice-Amiral Holdo (pourtant interprétée par l’excellente Laura Dern) qui refuse d’expliquer son plan à Poe Dameron (Oscar Isaac), un pilote dont elle sait pourtant – puisqu’elle le dit clairement – qu’il est une tête brûlée et qu’il a des réactions impulsives, qui lui ont déjà fait commettre des erreurs de jugement.
C’est d’ailleurs assez drôle, à posteriori, de constater que c’est l’obstination de Holdo, à vouloir garder son plan secret, qui, ironiquement, entraînera la divulgation de celui-ci aux forces du Premier Ordre.

C’est en effet parce que Holdo ne veut pas expliquer son plan à Poe que celui-ci encouragera Finn (John Boyega) et Rose (nouveau personnage, introduit dans ce film et interprété par Kelly Marie Tran) à quitter le croiseur de la Résistance, pour remplir une mission annexe. Mission – totalement inutile, soit dit en passant, puisque vouée à l’échec – qui leur fera croiser le chemin de DJ (Benicio Del Toro), un genre de mercenaire sans scrupule, qui finira par les trahir en révélant le plan de la Vice-Amiral au Premier Ordre.
Et la boucle est bouclée.

Je terminerai d’enterrer cette malheureuse Holdo en soulignant son manque total de réactivité lorsqu’elle voit les navettes de secours de la Résistance être détruites, méticuleusement, une par une, par le Premier Ordre.
La même Vice-Amiral Holdo que le film, se souvient-on, nous a présenté comme une héroïne de la Résistance, mais qui, ici, laisse passer au moins cinq bonnes minutes, la bouche ouverte et les yeux écarquillés, avant de penser à prendre les commandes de son croiseur pour lui faire percuter, en vitesse lumière, le vaisseau amiral du Premier Ordre, sauvant ainsi le peu de résistants qui reste.

À l’exception des quelques spectateurs qui se seront laissé éblouir par la beauté des images de cette séquence, on ne pourra s’empêcher de penser que, si cette « gourdasse » de Holdo avait réagi plus vite, plusieurs navettes et leurs occupants auraient été probablement épargnés.

Si d’aucuns pensaient qu’il était impossible de créer plus stupide que les scientifiques débiles du film Prometheus, Rian Johnson prouve ici le contraire…


Le dernier Jedi… fou

Et je ne parlerai que très peu du personnage de Luke Skywalker, tout ayant déjà, plus ou moins, été dit à son propos, y compris par son interprète lui-même, Mark Hamill… Je soulignerai quand même l’incohérence du comportement de notre héros qui, dans The Last Jedi, affirme clairement à Rey (Daisy Ridley) ne pas avoir voulu être retrouvé, mais qui avait pourtant laissé, dans The Force Awakens, une carte qui, accessoirement, en était le McGuffin derrière lequel courait le Premier Ordre et la Résistance, puisqu’elle devait permettre à quiconque la détenait de justement retrouver l’ancien maître Jedi.
C’est, par moments, à se demander si Rian Johnson a réellement vu l’Épisode VII…

Je mentionnerai également cette autre scène de The last Jedi, dans laquelle Luke, venant de constater, avec effroi, la forte attirance de Rey pour le côté obscur, déclare ne pas avoir eu aussi peur lorsqu’il a perçu cette même attirance chez son neveu et disciple Ben Solo (Adam Driver). Une déclaration qui sera contredite plus tard, dans le film, par le flashback qui nous montre Luke sur le point de tuer son neveu après avoir perçu son attirance pour le côté obscur.
On en arriverait presque à croire que Rian Johnson a laissé les élèves d’une classe d’école maternelle écrire le scénario de son film, tant celui-ci déborde de contradictions et d’incohérence narrative…


Rian Johnson, l’artisan du déséquilibre

Je pourrais continuer, comme ça, encore longtemps – au risque de rendre cette critique très indigeste – à énumérer toutes les incohérences et les défauts de ce film, tant il y en a. Des incohérences et des défauts évidents, exempts de toute interprétation et, donc, indiscutables, qui interdisent, selon moi, à quiconque, qui possède un minimum d’honnêteté intellectuelle, d’affirmer que Star Wars: The Last Jedi est un bon film.
Certes, le spectacle qu’offre l’Épisode VIII est appréciable, visuellement (si l’on excepte le montage parfois un peu chaotique et les chorégraphies de certains combats qui manquent cruellement de fluidité)…
Mais l’histoire qu’il raconte est inconsistante et incohérente, autant que les personnages, dont les réactions continuellement contradictoires me font davantage penser à celles des protagonistes d’un soap opera comme Les Feux de l’Amour ou Plus Belle La Vie

La faute en incombe évidemment entièrement à Rian Johnson et à son envie de surprendre à tout prix le spectateur, en prenant systématiquement le contre-pied de ses attentes. En résulte un film à la construction narrative plus que maladroite, reposant essentiellement sur une succession de rebondissements pour le principe, et mettant en scène des personnages ne bénéficiant d’aucun réel développement psychologique.
Ce choix scénaristique de Johnson donne le sentiment que le réalisateur a voulu créer sa propre histoire sans se soucier de la cohérence de celle-ci avec l’intrigue présentée dans l’Épisode VII. Ce qui fait finalement de The Last Jedi, non seulement un mauvais film, mais aussi une très mauvaise suite et un opus central à cette nouvelle trilogie qui fragilise dangereusement la structure narrative de celle-ci.

À ce stade, il faudra littéralement un miracle ou un éclair de génie de la part de J.J. Abrams, en charge de l’Épisode IX, pour réussir à proposer un récit qui conclura cette nouvelle trilogie Star Wars de façon satisfaisante…
Malheureusement, l’absence totale de communication entre le réalisateur de The Force Awakens et Rian Johnson, déjà en partie à l’origine du désastre scénaristique de l’Épisode VIII, et le manque total de discernement artistique de Johnson imposent à Abrams certains choix narratifs facilement prévisibles.

Le meilleur exemple s’illustre par le refus inexplicable de Johnson d’intégrer, au scénario de The Last Jedi, le décès tragique de l’actrice Carrie Fisher, interprète de l’iconique Leia Organa, décédée le 27 décembre 2016, plus de cinq mois après la fin du tournage de l’Épisode VIII et presqu’un an avant la sortie du film en salles.
Curieusement, alors que de nombreux fans, évidemment au courant de la disparation de Carrie Fisher, s’attendaient à voir mourir leur bien-aimée princesse dans l’Épisode VIII, Johnson a, au contraire, choisi de conserver le personnage en vie, à la fin de The Last Jedi, imposant ainsi à Abrams d’exécuter la sale besogne dès le début de l’Épisode IX à venir.

Si certains pourront y voir une intention de Rian Johnson de se venger de J.J Abrams, pour son refus de communiquer ses intentions (…), j’y vois personnellement une guerre d’égos puérile entre deux adultes irresponsables et l’incapacité d’un studio, et de sa productrice déléguée, Kathleen Kennedy, à maintenir la cohésion entre les différents membres de ses équipes artistiques.

Un manque de professionnalisme et, disons-le, une incompétence qui aura abouti à un mauvais film, The Last Jedi, dont la faiblesse scénaristique déséquilibre la cohérence narrative d’une trilogie qui ne partait déjà pas sous les meilleurs augures…


Un film plaisant mais…

Pour autant, et en guise de conclusion, je ne peux honnêtement pas prétendre avoir détesté le film.
Peut-être le spectacle visuel que l’Épisode VIII offre aura suffi à le rendre plaisant à regarder, pour moi, sur le moment. Ou peut-être mon penchant pour les œuvres audiovisuelles de science-fiction aura-t-il réussi à me faire plus facilement accepter les nombreux défauts du film, au fur et à mesure que je les découvrais.
Euh… non, en réalité, pas vraiment. Car, oui, je le répète, The Last Jedi est objectivement mauvais ou, au mieux, plus que moyen.

Alors, certes, je veux bien admettre avoir délibérément passé sous silence les quelques rares qualités du film, ces très exceptionnels moments de fulgurance qui auront aidé certains fans à l’apprécier.
Il reste que The Last Jedi est assurément et définitivement le plus mauvais épisode de la saga Star Wars, et indéniablement celui qui déséquilibre le plus l’harmonie de son univers mythique… sa Force.

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